Marseillais, il est grand temps de se réveiller et d’agir !

Mon activité professionnelle durant de longues années mais aussi mon engagement militant m’ont permis de rentrer  en contact  avec  de nombreuses  personnes  habitant  dans  ce qu’on  appelle  aujourd’hui  les “quartiers  populaires“  largement  représentés  à  Marseille.  Parmi  ces  personnes  dont  certaines  sont devenues  et restent mes amis, nombreuses  sont celles qui font partie de ce qu’il convient  d’appeler  la deuxième   génération   voire  la  troisième.   Jusqu’à  une  période  récente  (2001  ?  2012  ?)  le  pari  de “l’intégration  à la française“, avait semble -t-il, plutôt bien fonctionné en permettant à cette génération l’accès à la citoyenneté et aux droits qui y sont attachés. On notera cependant que, malgré les engagements pris, le droit de vote aux élections locales n’a jamais pu être acquit sinon pour eux mais surtout pour leurs parents.

Si la majorité de ces “anciens immigrants ou enfants d’immigrants“ demeurent marqués par leurs origines sociales souvent modestes et, pour la plupart d’entre eux, par leur patronyme, Ils ont fait le choix d’être français à part entière et d’en revendiquer le statut. Malgré les critiques récurrentes et souvent injustifiées adressées au système éducatif français, un nombre significatif d’entre eux a pu accéder à l’enseignement supérieur et faire ainsi partie, en surmontant  de nombreux obstacles, de la classe moyenne qui a réussi socialement et économiquement.

Avec beaucoup  d’autres  acteurs  de terrain,  j’ai longtemps  participé  et parfois  cru à cette “intégration réussie“ pour une partie au moins de cette “deuxième génération“. Mais, dès les années 80, j’ai pu mesurer que seule une “élite“  avait eu la chance  de “s’en sortir par le haut“. Pour le plus grand nombre  et en particulier les plus jeunes (la troisième génération) le triple mécanisme de ségrégation sociale, urbaine et ethnique   était  et  est  encore   un  obstacle   quasi  insurmontable.   Les  multiples   expérimentations   et programmes de formation et d’accès à l’emploi développés notamment par la “politique de la ville“ n’ont été et ne sont encore que des succédanés. Les enquêtes les plus récentes montrent que les chances d’accès à un emploi sont entre trois et quatre fois inférieure à la moyenne pour un jeune issue de ces quartiers populaires.  Ce constat dramatique  est, pour moi, la raison essentielle de l’échec largement reconnu des politiques publiques qui depuis plus de quarante ans tentent en vain de réduire la fracture sociale dans les principales agglomérations.

“Intégration à la française“ : Cette expression est aujourd’hui régulièrement mise à mal non seulement par une partie de ceux qui en ont bénéficié  mais aussi par ceux qui, comme moi, ont cru à son succès. De profonds bouleversements  à travers le monde remettent en cause depuis quelques années beaucoup de mes (nos ?) certitudes. Je me contenterais de ne citer que les facteurs qui concernent le plus directement le contexte marseillais.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire et de l’écrire à diverses reprises, la ségrégation sociale, urbaine et ethnique est une réalité incontestable dans cette ville confirmée par les enquêtes les plus récentes. Cette ségrégation,  appelée  parfois  de  manière  plus  acceptable  “discrimination“   ou  encore  “exclusion“,  se conjugue  avec le constat  de l’impasse  dans laquelle  sont astreints  ceux que l’on pensait  “intégrés“.  Le remarquable ouvrage de César Mattina, (clientélisme urbain) démontre ce mécanisme politique de mise à l’écart  d’une  partie  de la population  marseillaise.  Il convient  de le mettre  en parallèle  avec  l’enquête intitulée  “Les Musulmans  de Marseille“  publiée  en 2013 par la Fondation  OPEN SOCIETY.   Ces travaux réalisés par des chercheurs reconnus mettent en lumière de manière incontestable les multiples facteurs de discrimination  dont sont l’objet à Marseille les personnes désignés aujourd’hui comme “Musulmans“. Ces  deux  ouvrages,  comme  quelques  autres,  auraient  pu  servir  de  signal  d’alerte  auprès  des  élus  et responsables  locaux. Ils ont hélas trop vite été mis de côté sous de mauvais prétextes.   Cependant ils ne font  que  refléter  une  évolution  urbaine  qui  contribue  à  accroître  la  fracture  déjà  ancienne  de  la communauté marseillaise. Cet état des lieux de la ségrégation est ressenti de manière douloureuse par tous ceux qui avaient cru possible de devenir des citoyens marseillais et en avaient accepté les contraintes.  C’est  dans  un  tel  contexte  que  les  attentats  perpétrés  en  France  et  partout  dans  monde  par  des mouvements  terroristes  se  revendiquant  d’un  Islam  radical  ont  profondément  déstabilisés  une  partie  de

ces marseillais de fraîche date avec d’autres en France. En quelques jours après le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo, ils ont été étiquetés trop souvent malgré eux comme musulmans et contraints de prendre parti en dénonçant les auteurs de ces crimes et avec eux se distancer d’une religion sinon des traditions culturelles de leurs familles d’origine. Dans l’émotion collective et la ferveur de manifestations  diverses, nous n’avons  pas su entendre  ceux qui, citoyens  français  les plus proches  de nous, manifestaient  leur réserve devant un cet apparent unanimisme.

Depuis  lors,  malgré  quelques  courageuses  prise  de  position,  la  multiplicité  des  attentats  et  la  peur généralisée qu’ils entraînent ne fait que rendre plus incertain le nécessaire dialogue avec ces hommes et ces femmes, jeunes et adultes, qui cherchant à comprendre ce qui leur arrive ne trouvent qu’hostilité et amalgames douteux.

Certains d’entre eux se réfugient dans le silence ou parfois même dans une pratique religieuse retrouvée et modernisé  grâce aux discours d’un islamologue  comme Tariq RAMADAN  (la réputation  de ce dernier semble aujourd’hui bien compromise !) D’autres sont directement sensibles à des écrits et des mouvements plus radicaux développés par des intellectuels reconnus qui mobilisent autour d’eux les jeunes et les plus révoltés d’entre eux. Certes, ces mouvements ne rassemblent aujourd’hui qu’une petite minorité agissante et majoritairement  parisienne. Si la lecture de leurs appels et leurs discours souvent radicaux n’ont qu’un écho encore limité, ils sont concrètement  le reflet de l’impasse idéologique  citée plus haut. Le parti des Indigènes de la République, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) ou encore le collectif contre l’islamophobie  en France, chacun à leur manière ces mouvements dénoncent une société qui tétanisée  par les succès électoraux  d’une idéologie d’extrême-droite,  multiplie les législations  et les mesures qui, de fait renvoient à la période coloniale.

Depuis de longues années les gouvernements  successifs, au-delà de discours parfois généreux, ont ainsi multiplié les législations  de plus en plus répressives  vis-à-vis de nouveaux  arrivants. Quant aux mesures concrètes à même de réduire les fractures sociales elles sont restées pour la plupart au stade des intentions. Dans une ville comme Marseille le choix politique de privilégier des groupes sociaux dominants tant sur la plan social, ethnique ou religieux est directement assumé par le maire et ceux qui le soutiennent.

300 000 musulmans à Marseille ? 70 mosquées officiellement reconnues ? mais aussi : « Marseille la ville la plus inégalitaire de France ; parmi les cent quartiers les plus pauvres de France 25 sont à Marseille : Parc Kallisté,  Saint  Mauront  …  Taux  de  pauvreté  :43,6  %  dans  le  15°  arrondissement   ;    52%  dans  le  3° arrondissement  etc…. » (in la Provence du 28/10/2017)

Inutile d’aller chercher plus loin les raisons des révoltes qui se manifestent à travers les multiples combines en tout genre permettant  d’accéder à la société de consommation  sinon d‘opulence  au risque des pires dérives. Une partie de ces révoltes ont, pour un moment, trouvé un début de réponse dans la démarche des insoumis. Mais Jean-Luc Mélenchon et son équipe sont-ils conscients de leurs responsabilités  et des espoirs dont ils sont porteurs ?  On est en droit d’en douter.

 Alors que faire ?  

J’ai la conviction  que  malgré  la gravité  de l’heure  le pire  n’est  pas toujours  certains.  A Marseille  des hommes,  des femmes,  des jeunes  gardent  encore  l’espoir  de construire  une ville plus solidaire  et plus fraternelle mais il est grand temps que chacun à sa manière trouve les moyens d’écouter ceux qui, à ce jour, sont exclus d’une parole publique leur permettant  d’exprimer  leurs désarrois et leurs espoirs.   Par tous moyens il faut multiplier les occasions de rencontres et de dialogues et parfois de confrontation  dans le respect de chacun.

Marseille, le 14/11/2017

Alain FOUREST

Prochaine Audition-Débat « Plaidoyers pour la Métropole » mercredi 24 janvier 2018 à La Boate

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à sa prochaine audition – débat  sur le thème :

                                             « Plaidoyers pour la Métropole »   

Le 1er janvier 2016 la Métropole Aix-Marseille-Provence a été installée avec ses 240 conseillers métropolitains, son président Jean-Claude Gaudin ainsi que ses 20 vice-présidents élus le 17 mars 2016.
Notre Métropole,  la 2ème de France avec ses 1,8 millions d’habitants, la plus grande avec ses 3143 km2, la plus ensoleillée mais aussi la plus polluée, est tournée naturellement  vers la Méditerranée .

Voulue et encouragée par la société civile, elle subit la réticence pour ne pas dire l’obstruction de la plupart des 92 communes qui la composent avec une fort rejet de la prééminence marseillaise.
Le premier budget primitif métropolitain  a été adopté sur un score étriqué et avec de très vives critiques.
Quelles initiatives faut -il prendre pour permettre un vrai décollage de cette institution indispensable pour le développement de notre territoire, son rayonnement européen et une meilleure qualité de vie pour ses habitants ?

Pour cela nous avons invités ( et même ré-invités) les 4 meilleurs spécialistes du sujet qui vont nous aider à matérialiser notre mobilisation.

Jean Viard, sociologue , auteur du dernier ouvrage « Quand la Méditerranée nous submerge »

Jacques Boulesteix , astrophysicien, qui fut conseiller municipal et président du conseil de développement de la communauté urbaine Marseille- et auteur d’un récent livre : « Entre peur et raison, La Métropole Aix-Marseille-Provence »

Philippe Langevin , maître de conférences à la Faculté de sciences économiques , dont nous joignons en pj sa présentation de la Métropole

André Donzel sociologue et auteur du livre « Le nouvel esprit de Marseille »

Entrée libre – Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre.  

                                                 Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Tous migrants

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Chers amis,

Certains d’entre vous connaissent la paisible vallée de Névache / La Clarée dans les Hautes Alpes, à deux enjambées de l’Italie. Magnifiques randonnées, villages pittoresques, refuges accueillants…

Les plus anciens d’entre nous se souviennent du best seller « Une soupe aux herbes sauvages », récit autobiographique d’Emilie Carles qui raconte non seulement sa vie d’institutrice des petits villages sillonnant cette vallée profonde mais aussi, avec sensibilité et humanité, la vie des montagnards.

Et bien, depuis quelques mois, notamment par le col de l’Echelle (1760m d’altitude), accessoirement celui de Montgenèvre, il s’y passe chaque jour des drames avec le passage de centaines de migrants fuyant leur pays, la guerre, la misère. 1000 d’entre eux sont des mineurs non accompagnés, c’est à dire sans familles; certains ont eu les pieds gelés avec les premiers froids, tous arrivent en basket et peu couverts, souvent affamés.

Ils viennent d’Afrique de l’ouest,  Lybie, Syrie… pour échapper à la guerre, aux tortures, à la misère.

Ils ont traversé la Méditerranée au risque de leur vie grâce à des passeurs incrédules. Beaucoup ont disparu, noyés.

Ils ont parcouru l’Italie. Leur périple a duré jusqu’à 2 ans.

Dans cette belle vallée de la Clarée, une solidarité exceptionnelle s’est installée allant jusqu’à Briançon tout proche et l’ensemble du département du 05.

Des guides font des maraudes et installent vivres, couvertures, vêtements chauds dans une cabane au col de l’Echelle.

Le maire de Névache (350 habitants) organise des repas, souvent pour 120 personnes par jour. Il s’affiche de droite et crie avec son cœur que la France, pays des droits de l’homme, doit rester terre d’accueil.

Les guides ont toujours appris à secourir toute personne en détresse en montagne; c’est comme un sauvetage en mer.

Sauver des vies en mer pour SOS Méditerranée ou en montagne pour le Bureau des Guides, relèvent d’une même urgence humanitaire, inscrite dans les fondamentaux d’hommes et de femmes, citoyens courageux et solidaires.

Malgré des égoïsmes et une présence de la gendarmerie permanente, la population, les organisations humanitaires,  répondent présents.

L’accueil de cette population, au moins pour les premiers secours, ne va pas sans mal, mais locaux, centres de vacances…sont réquisitionnés.

L’hôpital de Briançon reçoit les urgences, membres gelés, épuisement, déshydratation…

On ne sait pas combien de temps, combien d’années, cela va durer, parce que l’exode dans nos pays riches est massif depuis 2015 ; il n’est pas prêt de s’arrêter.

Et ces migrations massives passent par les Vallées de la Roya, Névache ;  la Savoie et la vallée de la Maurienne maintenant se mobilisent.

Amis de la montagne, avant de remettre les planches ou chausser vos raquettes, je voulais vous informer de tout cela, non pour vous culpabiliser, mais par souci d’informer.

Michel TAGAWA

 

Quoi mon peuple, qu’est-ce qu’il a mon peuple ?

photo COP21Il a fallu qu’Alain Finkielkraut y aille de son petit couplet. L’affaire était aussi urgente que d’importance. Les obsèques de Johnny Halliday comptaient donc à ses yeux autant que celles du grand Hugo, rameutant aux trousses de son corbillard le peuple de Paris et les prostituées qu’il avait tant visitées. Notre philosophe de poche, dans une bouffée zemmourienne, s’étonne donc aujourd’hui de l’absence criante des « non souchiens » derrière le cercueil résolument blanc de l’idole des anciens jeunes. Comprenez, dans cette étrange expression, qu’il n’y avait aucun beur ou black pour accompagner jusqu’à la Madeleine l’interprète de « noir c’est noir ». Notre immortel s’égare une fois de plus. N’est pas d’Ormesson qui veut. Car son doyen de l’académie lui aurait sans doute conseiller la légèreté, pour décrire cette messe cathodique et les images d’une foule motorisée par autant de chevaux que de paroles chantées. M. Finkielkraut découvre qu’il est un peuple qui fredonne depuis les années 60 dans le sillage d’un grand blond avec des santiags noires. Il ne le dit pas, mais on sent qu’il crève de ne pas l’exprimer, elle est là la France profonde qu’il appelle de ses prières. Elle ne le lira jamais, ne l’écoutera pas plus, mais elle sent bon le foin des champs et le cambouis des banlieues. Du coup notre penseur bombe le torse, les narines assiégées et, recrache le fiel de son combat civilisationnel. Misère. Oh Marianne si tu savais, comme le pleurait Johnny tout le mal qui se répand ainsi dans ta République. Finkielkraut dans sa paranoïa active découvre qu’il existait un monde et il le travestit aussitôt des oripeaux de ses obsessions. J’ai souvenir d’autres intellectuels qui découvraient en 1974, lors d’un meeting de François Mitterrand, qu’il existait une culture populaire.  Le Premier secrétaire avait invité Dalida, la chanteuse, et Maurice Biraud, l’humoriste, à ouvrir son meeting. Ce fut une épreuve pour l’un et pour l’autre, une partie des militants n’ayant en ces temps-là d’yeux et d’oreilles que pour Maxime Le Forestier ou Guy Bedos. Mitterrand lui, du haut de son piédestal, avait perçu lui, que le peuple de France c’était aussi Bambino et les blagues de bistrot. Comme la gauche caviar de l’époque, la droite truffe d’aujourd’hui n’a rien compris à la rue. Elle aimait un chanteur, sa musique, sa dégaine parce qu’il lui ressemblait pour être né sur un trottoir. On ne commande pas l’émotion d’un peuple.

Hervé NEDELEC

Parce que Marseille est vivante, l’edito d’Aldo Bianchi, président de «  Marseille et moi »

 

 

Nous aimons Marseille et nous militons pour la Métropole.

C’est notre socle, notre ADN.

Il y a 3 ans nous donnions à « Marseille et moi » un nouveau visage et surtout d’autres objectifs.

Il ne sagissait pas de renier une origine (1) , une histoire certes partisane mais nécessaire à un moment donné de la vie de notre ville. Il nous fallait écrire une nouvelle page et rassembler celles et ceux qui croient à l ‘action citoyenne .

Notre champ d’action et de réflexion reste la Politique, donc la vie de la Cité.

Nous aimons Marseille et nous militons aussi pour la Métropole. A étudier les uns après les autres tous les domaines liés à la vie des Marseillais et des métropolitains, nous ne pouvons que regretter la faiblesse de la gouvernance marseillaise autant que le manque de vision de beaucoup de ses dirigeants.

Un vent nouveau a cependant soufflé au printemps, écartant des caciques qui nous représentaient au national, sans pour autant ébranler les instances locales. Le coup est passé près, mais elles restent solidement accrochées, assises sur leurs certitudes immobiles, à leurs rentes de situation.

Notre ville, dont le leadership est contesté par une large majorité des communes voisines, souffre de la comparaison avec les grandes villes européennes. Elle est très inégalitaire avec des zones de pauvreté intolérables. Elle est polluée à l’extrême par la thrombose automobile et désormais le scandale sanitaire des émissions des navires de croisière.  Elle est montrée du doigt, avec le sort qu’elle réserve aux écoles publiques dont elle a la charge. Marseille, derrière la vitrine trompeuse du front de mer, camoufle ses ruines et sa déshérence.

Nous pensons à « Marseille et moi », qu’il est urgent d’entamer une vraie transition environnementale ; par une production d’énergie propre et écologique, avec des moyens de transport en commun hyper développés et non polluants, à travers le développement de pistes cyclables, grâce à un traitement des déchets efficace, en encourageant aussi l’agriculture citadine.

Paradoxalement, Marseille, qui compte parmi ses universitaires des chercheurs de renommée internationale, ne s’est pas engagée dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens. Comme Marseille, riche de ses « migrances », ne s’est pas illustrée dans l’accueil des réfugiés en perdition en Méditerranée, et tout particulièrement ces mineurs livrés sans défense à tous les prédateurs. Marseille enfin, comme en atteste la polémique sur le site de la Corderie, n’a pas manifesté, à travers ses édiles, grand intérêt, pour cette antiquité qui l’a fondée.

En réaction à cette vacance prolongée des pouvoirs locaux, « Marseille et moi » veut faire claquer au vent ce slogan qui fait lever les foules au vélodrome : « fier d’être Marseillais ».

Les visiteurs étrangers nous disent que la ville change. Tant mieux, mais nous voulons aller plus loin que le recto d’une carte postale. Des événements comme « Marseille capitale la Culture » ont soulevé une belle espérance, vérifié surtout qu’il y avait une attente populaire d’évènements culturels et aucune suite n’y fut donnée. Il faut aller plus loin que l’image et la communication qui la porte. Eviter des contresens, comme « Marseille capitale du sport » où les budgets se sont noyés en communication, quand piscines et gymnases n’arrivent pas à surnager.

Depuis trois ans, à travers 17 auditions-débats (2), des experts, des citoyens passionnés,des associations engagées,  de belles convictions, viennent débattre avec nous et martèlent qu’une autre politique est possible, qu’une autre gouvernance est souhaitable, que demain n’est pas condamné à déchanter.

Il y va, disent-ils avec nous, d’un environnement reconquis, de procédures démocratiques restaurées, d’un humanisme actif, d’une efficacité partagée parce que comprise.

« Marseille et moi » c’est aussi Marseille et nous. Qui voulons que Marseille soit vivante de ses richesses, de ses différences, de ses singularités. Notre vocation est d’en débattre et de le partager avec cet outil d’information que nous inaugurons aujourd’hui. Une agora virtuelle que vous nourrirez de vos réflexions, pour agir concrètement.

1 : « Marseille et moi » est née en 2013 de la volonté d’une candidate aux primaires pour les élections municipales, Marie-Arlette Carlotti , de demander à la société civile de bâtir un programme électoral pour Marseille.

2 : Tous les comptes rendus seront archivés sur notre site

 

Critique Ciné : « La Villa » de Robert Guédiguian ou la récurrence d’un mythe personnel

mediaC’est aujourd’hui un lieu commun de dire que « Rouge Midi », le deuxième film  de Robert Guédiguian   allait inaugurer en 1983 une carrière de cinéaste placée sous le signe du  « rouge » et sous celui  de l’Estaque.

En effet,  tout au long de ces années de pellicules, Guédiguian  n’a cessé d’honorer à sa façon et avec ses moyens, un  contrat passé avec la classe ouvrière et les paysages dont  il est issu, et plus généralement avec la société toute entière avec l’espoir utopiste mais toujours assumé, de la faire changer.

En cela, toute spectatrice, pour peu qu’elle soit de gauche et méridionale et qu’elle aussi  l’assume, est assurée de trouver dans les films de Guédiguian ce qu’elle veut entendre, et ce qu’elle aime voir ou aimerait  entrevoir à l’horizon d’un lendemain qu’elle espère  meilleur …

Et « La Villa »,  s’inscrit bien dans la continuité militante de son auteur.

Ainsi qu’il en est dans toute utopie, le décor est planté dans  un microcosme, celui  de la calanque de Méjean  où ont vécu, vivent ou retournent  des personnages en quête d’une  réflexion sur leur passé, leur présent et sur les incertitudes d’un devenir commun, réflexion  que la venue inattendue de migrants, et particulièrement de jeunes enfants, sauve pour l’intérêt du film d’une dérive  trop égotiste  en la déportant  à l’échelle du monde…

Il y a bien là conformité de l’auteur aux valeurs qui lui ont été transmises et que Guédiguian toujours décline dans son cinéma ; conformité frôlant ici  un certain conformisme dans  la reproduction à l’infini de  héros à la psychologie et aux réflexes  familiers  au point de faire aujourd’hui du spectateur ce témoin omniscient qui anticipe les situations et les dialogues !

Les films  « Le promeneur du Champ de Mars » et « L’Armée du crime » ont été nécessaires ;   ballader sa caméra « ailleurs » est un  réflexe salutaire pour  Guédiguian qui a permis  à son cinéma de passer du personnel à l’universel et ainsi oxygéner un peu les salles…

Vivement  le prochain « clap » et son claquement sec qui assurent   à nouveau le réveil du spectateur et …la SYNCHRONISATION !!!

Jacqueline Vesperini 

Marseille et le destin commun

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« La France n’est pas une juxtaposition de communautés, la France, c’est un destin commun ». Premier à l’agrégation d’Histoire, premier à l’Ena, Laurent Wauquiez ne veut pas être le dernier à s’approprier les concepts qui courent désormais, de l’extrême-droite à la droite la plus conservatrice. Le maire du Puy en Velay, depuis le Mont Mézenc, où quelque chemin menait sans doute à Compostelle, a lancé sa croisade à la fin de l’été, pour reconquérir les terres dévastées de son camp politique. A défaut de regarder la réalité en face, il dessine une trajectoire qui passe par l’horizon incertain d’une France une et indivisible. A Marseille, ses supporters applaudissent, quand une majorité, de ceux qui appartiennent encore à ce qui fut un parti dominant, se tait.

La cité phocéenne résume « à merveille » (l’expression n’a pas son envers) la complexité du moment, soit la coexistence pacifique, mais fragile et chargée de menaces, de différentes communautés et autant de confessions. Le sénateur-maire, Jean-Claude Gaudin, a estimé prestement en s’installant dans le fauteuil de Gaston Defferre, que l’instance – Marseille espérance – mise en place par feu son prédécesseur, le professeur Robert P. Vigouroux, au cours de la première guerre du Golfe (1990), pouvait être encore un rempart suffisant pour endiguer les assauts radicaux. Si Dieu le veut serait-on tenté d’écrire aujourd’hui, sans risquer le blasphème. La posture leibnitzienne peut-elle se passer, pour autant, d’une nécessaire actualisation des données ?

Les attentats de Catalogne ont rappelé cruellement à la vigilance. Sans basculer dans l’alarmisme, Marseille ressemble sur bien des points à sa grande voisine méditerranéenne. De l’autre côté des Pyrénées nombreux sont les observateurs qui avouent, encore aujourd’hui, qu’ils n’avaient rien vu venir.

La cité phocéenne a fêté, au tournant des XXème et XXIème siècles, ses 2600 ans. Elle a ainsi rappelé au monde ses racines grecques. Un arbre d’acier, près du Parc du XXVIème centenaire, dédié à cette date, rappelle la puissance de cet enracinement. Des milliers de signatures de Marseillais attestent, à ses pieds, de la diversité des fruits qu’il porte aujourd’hui. Cette bienveillance, voulue par la municipalité, était nécessaire mais ô combien insuffisante.

N’en doutons pas la clé pour comprendre ce territoire passe d’abord par la capacité à accepter la complexité pour appréhender Marseille.

Depuis le temps où des marins et des marchands ont découvert la calanque du Lacydon, les vagues d’immigrations – Les Migrances selon la belle expression d’Emile Témime –  n’ont jamais cessé, aboutissant à ce que d’aucuns qualifient de melting-pot, quand d’autres évoquent un « improbable enchevêtrement », culturel et cultuel.  Marseille, carrefour de tant d’espoirs et de désespoirs, aura au fil du temps accueilli et même assimilé, venant des quatre points cardinaux, les hommes et les femmes qui n’ont cessé de l’enrichir. L’Europe, l’Asie, l’Afrique, s’y sont déversées depuis deux siècles. « N’importe qui de n’importe quelle couleur pouvait descendre d’un bateau » s’enthousiasmait l’écrivain Jean-Claude Izzo et même, poursuivait-il, « se fondre dans le flot des autres hommes ». Un bel esprit que ce magistral auteur de polar.

Cette vision généreuse et fraternelle n’empêche pas les faits d’être têtus. Le fracas des attentats et de la guerre ne fait qu’un désormais, et il faudrait être sourd pour ne pas percevoir l’orage qui gronde. A Marseille, comme à Barcelone, on a trop longtemps ignoré une population et une confession que l’on se complaisait à considérer comme « invisibles » et « inaudibles ». L’historien Jean-Louis Planche parlait d’un « racisme de cohabitation et de voisinage ». Ces Africains du Nord, venus en masse, à l’aune des années 50 prospères, industrieuses et dévoreuses de main d’œuvre, n’avaient aux yeux de ceux qui les toléraient ici, dans les quartiers pauvres, qu’une identité au rabais, et une couleur improbable. Certains Marseillais parlaient même des « gris ». Leur culture, leurs mœurs, leur confession, leur vie étaient ignorés, volontairement ou mécaniquement par la majorité. Quelques élus s’y sont immergés pour, le temps d’une élection, faire razzia de misérables voix, troquées contre quelques promesses. Après tout d’autres communautés – Italiens, Arméniens, Sépharades – avaient connu le même sort en sauvegardant leurs traditions, leurs différences, leur identité, avant de se fondre dans la ville.

Mais l’Islam des caves ou des garages a du coup prospérer sans, étrangement, déborder pour autant sur l’agora. Aujourd’hui les langues se délient et quelques témoignages parfois mal identifiés rompent le silence. Lors des manifestations de l’après-Charlie le silence assourdissant des musulmans de Marseille aurait dû nous alerter, autant que le tintamarre abject des 8 000 spectateurs du Dôme lors du passage récent de Dieudonné.

Depuis des décennies, on ne concevait ces hommes et ces femmes qu’à genoux. Ils furent de facto condamnés à la seule prière et cela ne dérangeait personne. A force de se taire, ils ont fini par n’entendre qu’une seule voix et ils n’acceptent pas qu’on la conteste ou qu’on la caricature. Ecartés d’un « destin commun », ils se sont résignés à construire le leur ou à espérer un ailleurs merveilleux. Pour n’avoir pas su leur tendre la main, nous sommes condamnés à faire le premier pas vers eux. Ici et maintenant.

Hervé Nedelec

 

 

 

Audition-Débat avec Jean VIARD : Marseille et la Méditerranée : quel avenir ?  

    

Pour traiter cette question dont l’enjeu est considérable à court et à long terme, l’association reçoit Jean Viard, récent auteur de Quand la Méditerranée nous submerge. Aldo Bianchi inscrit d’abord la question, en avant-propos, dans la longue durée en rappelant l’héritage essentiel de Fernand Braudel, le travail plus récent de Patrick Boucheron. Il évoque la longue tradition des voyages, des conflits et des échanges méditerranéens, par lesquels des peuples se sont rencontrés,  pas toujours dans la douceur, mais ont appris ainsi à se connaître. Quel regard peut-on jeter aujourd’hui, depuis Marseille, sur cette question au moment où la Méditerranée se transforme en mur ?

Et c’est précisément en tant que Marseillais que Jean Viard dit avoir écrit son livre. Marseille, ville méditerranéenne par excellence, ville née de la Méditerranée, a vocation à prononcer une parole forte, une parole de respect de l’étranger. Elle ne l’a pas fait et personne en France, aucune voix autorisée forte ne l’a fait, à la différence de qui a pu se passer dans les pays voisins, en Allemagne, en Italie (le Pape), en Espagne (Barcelone).  Le silence de Marseille est d’autant plus remarquable, alors même que les fragilités de notre société rendent cette parole indispensable. Marseille est  pourtant aussi la manifestation de cette fragilité. La ville concentre les problèmes que traite le livre, réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme. Si toutes ces questions sont mélangées dans le livre, c’est parce qu’elles le sont dans la ville, prisme qui permet de comprendre la perspective de l’auteur : les solutions sont liées et elles le sont par la Méditerranée. L’exposé montrera par exemple comment le  développement des quartiers relégués dans notre ville et le développement de l’autre rive, en particulier du continent africain vont de pair. Une double richesse à reconnaître et à cultiver, ici et là-bas, en ouvrant des ponts alors que nous ne voyons que pauvreté et menace, murs à construire ici et là-bas. C’est le choix que nos sociétés vont devoir affronter, enjeu décisif donc.

Reconnaissons d’abord qu’il y a beaucoup de raisons d’avoir peur. Jamais le monde n’a changé aussi vite, internet a connecté en dix ans des milliards d’êtres humains et ce changement n’a pas été raconté par le politique, sinon en creux, en voulant se situer hors du système. Sur nos rivages, l’histoire a bousculé nos représentations.  Avec la fin de la guerre d’Algérie, la séparation des Européens et des Algériens semblait avoir réglé le problème. Illusion : l’histoire ne s’est pas arrêtée. L’immigration maghrébine s’est développée, sans qu’une place suffisante soit reconnue à l’islam ne serait-ce qu’en termes de superficie des lieux de culte. Or la porte se rouvre parce que le monde s’unifie. Les enjeux démographiques sont énormes, le poids démographique de l’Afrique est considérable. 700 millions de francophones en Afrique forment un atout considérable pour notre pays. Et les terroristes sont chez nous, la plupart viennent d’ici. Ils ne se sentent pas une place dans le pays, éprouvent un sentiment de non-citoyenneté et trouvent un refuge dans la religion qui leur offre un récit honorable de leur destin. Pas de place ici, c’est par exemple, dans une société érotisée comme la nôtre, l’absence de sexe dans les banlieues.

Face à ces peurs, il faut inverser la perspective, à tous les plans. L’Europe d’abord, bâtie face à l’Est pour  se protéger du communisme, doit maintenant, à l’heure de la mondialisation, s’orienter vers la Méditerranée et former un  grand ensemble culturel, celui  des monothéismes, à côté des autres grandes civilisations du monde. Dans notre pays ensuite, donner de la citoyenneté et pour ce faire utiliser les possibilités ouvertes par la métropolisation : faire des quartiers nord de Marseille une commune de plein exercice.  Jumeler les lycées français avec des lycées africains. Le développement de l’Afrique, déjà engagé, est une opportunité considérable : nos quartiers sont riches de biculturels capables de porter les entreprises en Afrique. Or ce continent  a d’abord  besoin  de biens publics (eau, assainissement, énergies, routes, ponts, logements…),  que nos entreprises, du fait de la tradition colbertiste, sont particulièrement aptes à produire. Bouygues, Vinci, Lyonnaise des eaux peuvent être le fer de lance d’un grand projet business de l’Europe vers l’Afrique. C’est une stratégie économique à mettre en place qui permet d’inverser le regard. Les migrants ne sont souvent plus les pauvres que nous imaginons mais des élites déjà formées qui peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement.

Si l’on continue de faire l’autruche et de rester silencieux,  il y aura toujours plus de noyés, toujours moins d’humanisme et toujours plus de populisme, de localisme et de terrorisme. Il s’agit d’aller vers le futur plutôt que le fuir.

La discussion a permis d’éclairer certaines des propositions de Jean Viard, en particulier la proposition de faire de l’Estaque-Quartiers nord une commune de 200 000 habitants. Pour celui-ci, la citoyenneté intègre à condition qu’elle soit réelle, et en particulier quand on est en situation d’administrer un territoire. La métropole peut permettre de créer des ensembles de proximité, en fonction par exemple de la carte scolaire des collèges. Je renvoie au livre de Jean Viard pour découvrir les nombreuses propositions concrètes qu’il énonce pour donner un contenu à cette  nouvelle utopie du futur qu’il appelle de ses vœux.

 

On peut résumer ainsi l’alternative que nous a présentée Jean Viard : faire de la Méditerranée un pont ou un mur. Et si Marseille pouvait jouer un rôle-clé ? Elle en a tous les atouts. C’est l’ambition de notre association d’y contribuer.

 

François Maurice

Adhérez à Marseille et Moi !

L’association « Marseille et Moi » est un lieu de rencontre et de réflexion entre la société civile et les acteurs politiques de notre ville.

Marseille, riche de ses citoyens responsables, de ses chefs d’entreprises, de ses créateurs, de son tissu associatif est à un moment charnière de son histoire. Notre ville a le devoir de rebondir.

Face à la faiblesse de la gouvernance, à la montée des incivilités, au discrédit de certains élus, nous pensons qu’il est plus que temps que les marseillais prennent en main leur destin.

Au nom de la probité, des valeurs républicaines qui nous animent, nous avons pour responsabilité de restaurer la confiance qui fait désormais tant défaut.

A nous de prouver que le sens de l’intérêt général est toujours puissant à Marseille. A nous de prouver que les marseillaises et les marseillais croient et espèrent encore en leur cité.

« Marseille et Moi » dit ce rapport intime que chaque marseillais entretient avec sa ville, rapport non dénué de susceptibilité.

La méthode, c’est l’évaluation, par l’expertise, par des rencontres, par des auditions, par l’exercice réel du débat démocratique sur tous les grands dossiers municipaux, métropolitains, et les débats de société.

Durant les mois à venir, nous poursuivrons des propositions pour le devenir de notre ville et de la Métropole, en espérant les voir incarner par les élus de notre choix.

L’objectif, c’est de contribuer à l’installation dans les différentes gouvernances de femmes et d’hommes neufs, modernes, visionnaires pour les prochaines années.

     Président                                Trésorière                                Secrétaire général

Aldo BIANCHI                      Caroline DANIEL                          Michel TAGAWA

                                                                                                                                    

BULLETIN D’ADHESION Année 2019

 

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Les inégalités de santé à Marseille sont-elles une fatalité ?

Aldo Bianchi introduit le débat en dressant un premier  état des lieux à Marseille et dans la métropole. Notre territoire n’est pas un désert médical, bien au contraire, Marseille se distingue par la qualité de ses équipements de soins et de ses structures de recherche. Mais ce constat ne doit pas occulter une inégalité criante à l’intérieur du territoire, inégalité dans l’implantation des services de santé, dans l’accès aux soins, dans l’état de santé de la population, la prévalence de certaines maladies chroniques et la mesure de l’espérance de vie. Il faut  ajouter que Marseille est la grande ville française la plus polluée (au 4ème rang en Europe) et que l’on retrouve à ce sujet les mêmes inégalités, sur le territoire de Marseille comme sur celui de la métropole où Fos se distingue au plan des pathologies liées à l’environnement : la pollution aux particules fines est 20 fois supérieure à proximité du Port à la pollution mesurée sur la Canebière, et chacun connaît les disparités de la prévention des différentes  pollutions sur l’autoroute urbaine L2 selon les quartiers qu’elle traverse. Ces constatations fixent le sens de notre audition-débat : peut-on continuer à s’abriter derrière la compétence traditionnellement prédominante  de l’Etat en matière de santé publique ? Le moment est  venu, pour les villes et les métropoles, de prendre en main de manière plus résolue ces questions qui appellent de nouvelles responsabilités pour les décideurs locaux. A l’heure où  où 40 grandes villes du monde entier se réunissent à Paris pour en débattre, où certaines villes se déclarent « sans perturbateurs endocriniens »,  il est temps d’exiger des responsables locaux, une plus grande conscience des problèmes de santé liés à l’environnement et la volonté d’y faire face. Que peut-on faire au plan local ?

 

Pour se donner les moyens de répondre à cette question, l’intervention liminaire du docteur Didier Febvrel était bienvenue. Responsable du Service de la Santé Publique et des handicapés de la Ville de Marseille, membre du Haut-Conseil de la Santé Publique (commission des risques environnementaux), il était le plus à même d’exposer la légitimité d’une intervention des communes dans ces questions.

Cinq arguments principaux pour fonder cette légitimité.

D’abord le pouvoir de police sanitaire détenu par le Maire, exercé par les services communaux d’hygiène et de santé avec les moyens alloués par la Dotation générale de décentralisation soit à hauteur pour Marseille de 2,8millions d’euros. Les domaines de compétence sont multiples : habitat insalubre, nuisances sonores, gestion de la qualité des eaux, dératisation et désinsectisation, service de vaccination (étranger).

D’autre part la Ville est maintenant amenée à passer des contrats avec l’Etat en matière de santé publique : actions de santé dans le cadre des contrats de ville (Politique de la ville), contrat local de santé mentale avec l’Agence régionale de santé par exemple pour faire accéder les malades à l’habitat, plus généralement contrat local de santé avec cette Agence pour permettre une territorialisation  des actions de santé.

La volonté politique des Maires constitue un élément fondamental pour asseoir cette légitimité. Depuis le mandat Vigouroux, un élu est chargé en propre de la Santé publique, actuellement Patrick Padovani.

Cette volonté s’inscrit dans une évolution générale qui tend à la promotion de la santé, du fait de la reconnaissance croissante de l’importance des déterminants de santé, en particulier des déterminants environnementaux. Dès lors, il faut admettre que ces questions ne concernent pas les seuls professionnels de santé et le les comportements individuels mais qu’il faut développer une approche systémique et faire intervenir d’autres services, compétents dans leur domaine,  pour traiter des questions comme celle du ramassage des ordures (problème des rats)  ou celle des sols pollués.

Enfin, le Maire peut invoquer la clause de compétence générale qui l’autorise à s’emparer de tout ce qui peut affecter la population de sa ville.

Didier Febvrel peut donc conclure en soulignant la tendance à l’’implication de plus en plus forte des Villes dans les questions de santé publique, par exemple dans les questions relatives à l’alimentation, à la restauration collective.  A terme, toutes les politiques publiques devraient  comporter un volet santé, tout projet devrait  solliciter l’intervention du service de santé.

 

Une première discussion, particulièrement animée a suivi cette intervention, concernant les inégalités sociales de santé à Marseille. Le bilan dressé par l’Observatoire Régional de Santé est clair : la ville se partage entre une population en sous-mortalité précoce (avant 60 ans) dans le sud de la ville et une population en surmortalité précoce dans le nord et le centre. L’inégalité touche déjà les jeunes et se répercute et s’amplifie par effet d’accumulation sur l’ensemble de la durée de la vie. La question d’une implantation plus équilibrée des ressources et services de santé se pose avec force et concerne  les responsables publics locaux, s’agissant par exemple de l’installation de maisons médicales de santé, comme à Kallisté.

 

Les « grands témoins » du débat ont présenté ensuite leurs observations. Le Docteur Charles Chanut d’abord, pour l’association « Cap au Nord Marseille », joue pleinement son rôle de lanceur d’alertes. Double  alerte face aux pollutions générées par le port : au chantier de réparation navale prévu à la Forme 10 s’est ajouté un projet de déconstruction des navires, déconstruction dont chacun connaît la dangerosité prévue en pleine ville.  Par ailleurs les eaux usées générées par les activités portuaires ne sont pas traitées. La ville ici est responsable au travers de la Charte Ville-Port.

Richard Hardouin, président du collectif « Collectif Anti Nuisances L2» et administrateur France Nature Environnement 13 et AIRPACA, souligne d’abord les inégalités territoriales face aux pollutions produites par la L2, couverte à Saint-Barnabé mais pas à la Busserine. La mobilisation a été plus précoce à Saint-Barnabé, préventive, dès que les plans ont été connus et conduite par des personnes plus introduites dans les services compétents. La défaillance des responsables publics, incapables de redresser cette injustice, n’en est que plus flagrante. Sur le thème plus général de la pollution de l’air et du danger des particules fines (produites aussi par l’habitat) qui se font le véhicule d’autres polluants dangereux, Richard Hardouin soutient la nécessité de maintenir un organisme indépendant de contrôle et de surveillance tel que l’Association multicollégiale Air Paca. C’est aussi la responsabilité des élus de contribuer à financer cette association pour la surveillance de la qualité de l’air et indépendante des maitres d’ouvrage, comme de se soucier de  l’absence d’un organisme indépendant d’observation du bruitpour Marseille et sa Métropole.

Enfin, Daniel Morin, président du CIQ Saint-Jean Tourette Protis et membre du collectif « Laisse béton », expose la situation particulièrement dangereuse de son quartier au regard  des pollutions sonores et atmosphériques : deux tranchées autoroutières à ciel ouvert, un trafic de 18 millions de voitures par an, à quoi s’ajoute le trafic maritime utilisant en Méditerranée un fioul chargé en soufre au-delà de la norme à 0,10% qui s’applique en mer du Nord. De là, comme on l’a vu, une pollution atmosphérique beaucoup plus importante qu’en centre ville. Il déplore l’absence de tout  responsable depuis 17 ans pour traiter de ces questions alors que le nombre de 5 millions de voitures par an constitue un seuil qui doit déclencher l’intervention publique.

 

L’audition-débat a montré l’exigence et la légitimité  d’une prise en compte locale des questions de santé publique. Il faut introduire la question de la santé dans les politiques publiques, prévenir les pollutions  par la mise en place de systèmes de protection, travailler sur les déterminants environnementaux de la santé. Pour finir sur un exemple : ne pas se contenter d’encourager la pratique du vélo mais construire une offre adaptée, en termes de sécurité dans la circulation (voies spécifiques) et de sécurité sanitaire (qualité de l’air). Manifestement un gros travail pour une municipalité.

 

François Maurice