Démocratisation scolaire consacrée à l’école – Les défis de l’égalité

La Fondation Gabriel Peri vient de publier une brochure du Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire consacrée à l’école.
Elle est sous-titrée « Les défis de l’égalité » ce qui caractérise bien son contenu.
Elle peut être commandée auprès de la fondation Gabriel Peri pour la modique somme de 5 euros.
Alain BEITONE

« Les petits oubliés de Marseille », Audition-Débat du 21 février 2018

Les Roms à Marseille: des expulsions en forme d’explosions.

             Nous recevons ce mercredi plusieurs invités autour de la projection du documentaire tourné par France 3 « Les petits oubliés de Marseille » : l’un des réalisateurs du reportage, Jean-Manuel Bertrand, Jane Bouvier, animatrice de l’association  L’école au présent  et Caroline Godard pour l’association Rencontres tziganes.

             Aldo Bianchi présente d’abord la contradiction qui caractérise notre actualité : à l’heure de la mondialisation, les replis et les crispations identitaires se manifestent avec force. Marseille en est l’illustration : c’est une ville, nous dit Albert Londres, qui « engage la conversation avec la Terre entière », mais c’est aussi une ville dans laquelle les squatts des Roms sont incendiés par quelques uns de leurs voisins dans l’indifférence générale. 800 à 1000 Roms vivent aujourd’hui à Marseille dans des squatts et vont d’expulsion en expulsion. C’est cette réalité que le reportage présente, à rebours des rumeurs et des préjugés qui transforment les Roms en boucs émissaires. C’est aussi la solidarité des militants et des bénévoles qui apparaît et  qui va se manifester par de très nombreux témoignages  de militants associatifs présents dans la salle.

Je retiens du film, que je vous invite à voir sur internet, ce lapsus d’un jeune Rom : parlant des expulsions qui rythment sa vie et brisent sa scolarité, un jeune Rom dit d’abord « explosion » avant de se reprendre. Mais c’est cela même que montre le film. Jean-Manuel Bertrand, journaliste du service public, explique les conditions du tournage, après l’expulsion d’un squatt et la rencontre avec Jane Bouvier et Caroline Godard. La difficulté de faire entrer une caméra, le temps réduit du tournage, 5 jours. Il prononce les termes de « scandale humanitaire d’urgence ». Il déplore en particulier l’absence de réaction de la France après la publication du rapport de l’ONU à Genève la condamnant pour discrimination à l’égard des Roms.

Jane Bouvier présente ensuite son action au sein de l’association L’école au présent qu’elle a fondée. Elle a commencé son action en 2012 après l’épisode de l’incendie du squatt. Son objectif est  d’assurer la scolarisation des enfants. Elle a commencé par accompagner les familles dans la procédure d’inscription. Il faut d’abord rassurer des parents anxieux, qui sont étrangers au monde scolaire, ayant de plus souvent vécu des expériences  négatives en Roumanie. Il faut rassembler toutes les conditions administratives de l’inscription, jusqu’à l’obtention de la gratuité de la cantine. Les services de la scolarité se montrent compréhensifs. Mais il faut ensuite suivre la scolarité, l’assiduité, établir un lien entre l’établissement et les familles. Le principal obstacle à cette action est formé par les expulsions qui conduisent à un changement d’école, précédé par une longue période de déscolarisation. Il faut alors recommencer toutes les démarches. Et pour l’enfant s’habituer à une nouvelle école, avant la prochaine expulsion. Une vie explosée régulièrement : on comprend bien le lapsus.

Jane ajoute que son association travaille aussi pour aider les parents dans leur recherche d’emploi. Elle soulève une incongruité : le fait que les enfants roms, au motif qu’ils sont présents dans le territoire français depuis plus d’un an, ne bénéficient pas du système prévu dans les écoles pour les allophones arrivants (Unités Pédagogiques pour les Elèves Allophones Arrivants).

Car il faut souligner, avec Caroline Godard, que cette population rom n’est pas formée de vagues successives incessantes. C’est une population stable, autour de 1000 personnes en squatt à Marseille, qui va d’expulsion en expulsion. L’association Rencontres tziganes travaille en particulier à la stabilisation des familles dans certains squatts dès lors que les conditions permettent la pérennisation de leur installation, immeubles publics, absence de problèmes de sécurité et de voisinage. Elle promeut la pratique du parrainage pour suivre  les familles.

De très nombreux témoignages, de militants, de bénévoles, d’enseignants engagés dans les UPE2A ou bien en Français langue étrangère (FLE) sont venus d’une salle particulièrement concernée et impliquée. Une discussion s’est engagée autour de l’inaction de la Mairie, comparée à l’engagement des services de la scolarité.

Une conversation qu’il nous faut poursuivre, avec un petit morceau de « la Terre entière ».

                                                                                                              François Maurice.

Prochaine Audition-Débat mercredi 14 mars 2018 « Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance »

INVITATION AU DEBAT mercredi 14 mars 2018 à 18h30 à La Boate A l’occasion de la sortie du livre Laurent Mucchielli, l’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à l’audition-débat :   

                                           « Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance (Ed. Armand Colin-2018)

La  vidéosurveillance  a  connu  un  succès  fulgurant  en  France  à  partir  des  élections  présidentielles  de  2007,  sous  l’impulsion  de Nicolas  Sarkozy  et  François  Fillon.  Cette  technologie  a  été  présentée comme une contribution majeure à la fois à la prévention et à la répression de la délinquance et du terrorisme.
L’objectif de la mairie de Marseille est l’installation de 1500 caméras en 2018; avec l’annonce de baisse spectaculaire des vols avec violence .
Mais cette promesse sécuritaire, activement entretenue par les industriels de la sécurité,  relève-t-elle  du mythe ou de la réalité ? À quoi sert vraiment la vidéosurveillance ?

Avec Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS (Laboratoire méditerranéen de Sociologie); enseigne la sociologie de la délinquance à l’université d’Aix-Marseille. Il figure parmi les meilleurs spécialistes des questions de sécurité et de prévention en France.

Entrée libre

Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre. 

Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Armenia City in the Sky

Armenia city in the Sky est un récit-mémoire, celui d’une immersion dans l’Arménie nouvellement indépendante après soixante ans de communisme , durant une rude période terrible de son histoire, en conclusion d’un siècle qui ne l’a jamais épargnée. Récit et regards sur différents aspects de notre reportage dans le Haut Karabakh qui est en train de se faire avec mes deux amis journalistes, et moi qui ne l’était pas.

Mémoire des miens, de mes arrières grands-parents d’Anatolie disparus dans les affres du génocide ; Mémoire de mon grand-père Stépan, de son évasion des marches de la mort dans les gorges de l’Euphrate, puis de son exil à Marseille où il épouse Anouch, ma grand-mère, pour construire ensemble une famille, à l’ombre des grands fourneaux de Péchiney à Gardanne. Stépan que l’on retrouve quelques années plus tard au sein de la résistance Française FTP MOI.

La mémoire des Arméniens français du MNA, avec le choc de l’attentat d’Orly ; mémoire historique et politique d’une génération d’Arméniens sous l’influence de l’ASALA dans les années quatre-vingts, contre le régime turc négationniste ; souvenirs de notre rencontre avec Monté Melkonian l’ex n° 2 de cette organisation, qui trouvera la mort au cours d’une opération, enterré à Erevan avec les honneurs de la république (plus de cent mille personne derrière son catafalque, son corps exposé sur l’affut d’un canon, une distinction réservée aux grands héros de la guerre); avec nous Mardiros Jamgotchian, ancien combattant de l’ASALA lui aussi, auteur d’un attentat en Suisse pour lequel il sera jugé et emprisonné ; les témoignages des gens dans le villes et le campagnes, ceux qui supportent la guerre, durant ces mois d’automne 1992.

Armenia city in the sky ( c’est un titre des Who, pour les connaisseurs)  est aussi un évocation plus personnelle, née de mon imagination, des rêves qui ont peuplé mon enfance chez mes grands-parents, tout au long de ma vie.

ROBERT SALAPIAN

 

Plaidoyers pour la Métropole

L’audition-débat consacrée à la Métropole, le mercredi 24 janvier 2018, a été très bien reçue par l’auditoire présent grâce à la qualité des intervenants qui ont su clarifier la situation actuelle et apporter des réponses aux nombreuses interrogations.

Dans le compte-rendu  ci-dessous vous lirez qu’ils ont pointé les faiblesses et les résistances qui s’opposent au bon fonctionnement de cette institution et fait des propositions pour un décollage et surtout une réelle efficacité.
Nous nous appuierons sur leurs analyses d’experts pour lancer un appel dans les prochains jours à la classe politique métropolitaine  afin qu’elle n’attende pas une réforme institutionnelle ( déclaration récente d’Emmanuel Macron) pour mettre en place un usage prioritaire de ce nouveau territoire.
Compte-rendu :

Quatre invités pour donner un nouvel élan à notre action en faveur de la Métropole, Jacques Boulesteix, André Donzel, Philippe Langevin et Jean Viard.

Aldo Bianchi  évoque un blocage alors même que la Métropole a été instituée en janvier 2016 et que la dynamique mondiale de métropolisation se poursuit. Pourquoi ? Comment remédier à ces difficultés ? Quel rôle pour la société civile ? Comment pouvons-nous agir ?

Philippe Langevin établit le diagnostic : le sens du projet métropolitain a été oublié. La solidarité ne s’est pas substituée à la concurrence entre les territoires. Le projet commun  a fait place à une juxtaposition de politiques intercommunales, fondée sur un budget redistribué en bonne partie aux conseils de territoire. De ce fait, des dossiers essentiels, comme l’environnement sont laissés de côté. Les deux grands dossiers abordés, mobilité et développement économique, sont bloqués faute d’un budget suffisant. Les infrastructures ferroviaires sont renvoyées à plus tard et au financement par l’Etat. En l’absence d’un budget de mutualisation et de partage, le schéma de développement à l’ancienne est reconduit alors que les territoires riches ne tirent plus vers le haut les territoires pauvres, que la création de valeur n’entraîne plus mécaniquement le développement de l’emploi et la baisse du chômage. Pour Philippe Langevin, la « Métropole des Maires »  conduit à une société de l’indifférence.

Jacques Boulesteix rappelle que l’enlisement actuel du projet métropolitain était prévisible et attendu depuis 2014 : la réduction du débat  au seul plan institutionnel  a formé un obstacle majeur au règlement des deux points essentiels en discussion, l’un concernant la démocratie locale, l’autre de dimension  globale, concernant la nature du processus de la métropolisation. Sur ces deux point, l’analyse doit être approfondie et conduire à des propositions d’appropriation citoyenne.

Il faut d’abord inscrire la dynamique économique de la métropolisation, la concentration des richesses dans les métropoles dans le cadre de l’économie mondialisée de marché. Cette dynamique crée richesses et emplois, qualifiés et non qualifiés, mais elle ne « fait pas société ». Elle marginalise les emplois intermédiaires qui animaient la vie urbaine. Les ouvriers sont mis à l’écart, les politiques de la ville échouent. C’est pourquoi la métropole doit d’abord « faire société ». Et pour ce faire, une Charte doit se substituer à l’actuel pacte de gouvernance pour remettre l’institution au service de l’intérêt métropolitain ; la société civile, les conseils de développement, la démocratie participative ont à définir les objectifs économiques, sociaux, environnementaux de la métropole.

Au plan local, la proposition de Jacques Boulesteix consiste à réorganiser l’espace démocratique institutionnel : réviser la démocratie de proximité, taille des communes, périmètre des intercommunalités, mise en place d’une participation active des citoyens (information, débat, co-construction, évaluation), institution d’une démocratie d’usage à côté de la démocratie de voisinage. Tandis que la démocratie de voisinage (dans une rue, un quartier, une commune) conduit à une cohabitation, une juxtaposition des intérêts particuliers, la démocratie d’usage , assise sur les multiples usages que le citoyen fait de la métropole quand il se rend à son travail, quand il a recours à ses services (hospitaliers, de transport…), quand il va au théâtre ou au stade,  inscrit le projet personnel dans un projet collectif à co-construire.

André Donzel souligne la dimension internationale, mondialisée, de la dynamique économique métropolitaine. Les emplois sont créés dans le seul secteur internationalisé. Cette dynamique produit des effets de polarisation économique,  de fragmentation sociale et d’inégalité territoriale. On peut observer par exemple une fracturation entre le sud-ouest de l’aire métropolitaine en phase de dépeuplement et le nord-est en pleine croissance.  L’institution de la métropole est nécessaire pour opérer une régulation de ces processus. En participant au Conseil de développement de la Métropole, André Donzel a pu remarquer qu’un véritable travail de réflexion y est mené mais que sa mise en œuvre se heurte à un problème de financement, lié à l’étendue même de l’aire métropolitaine, beaucoup plus vaste que les aires métropolitaines de Londres ou Paris et conduisant à une dépendance à l’égard des financements de l’Etat.

Pour Jean Viard enfin, la métropolisation, la concentration des richesses dans quelques deux cents métropoles dans le monde, est à rapporter aux transformations profondes et extrêmement rapides qui ont bouleversé le monde : mondialisation économique, révolution numérique…  Internet n’a pas assuré, comme on le prévoyait, un lien égal de tous à tous  mais a privilégié les métropoles au croisement du lien numérique, des pôles de transport (port, TGV…) et de la marche à pied. Cette révolution a fait exploser le monde ancien  en  distinguant les « in » et les « out », les métropoles et les autres territoires. Carte qui se superpose à celle ses votes Trump ou FN.  A l’intérieur même de l’espace métropolitain, un nouveau tissu urbain s’est mis en place : Marseille doit reconnaître qu’elle n’est pas le centre de cet espace.  Il faut donc briser les périmètres territoriaux hérités pour construire une vision fédérative de l’espace nouveau, et par exemple, constituer les Quartiers Nord de Marseille en commune.  D’autre part, le cadre de la Région devient essentiel pour organiser la mise en relation de tous avec la Métropole, sous la forme par exemple du financement  des déplacements vers la Métropole.

De très nombreuses interventions de la salle ont montré tout l’intérêt que les auditeurs avaient porté à une question dont chacun a compris que, au-delà de son caractère technique, elle portait une dimension politique essentielle. Il nous reste à nous mobiliser pour transformer cette Métropole, en demandant publiquement, c’est peut-être un premier pas décisif, la mise en place, en 2020, d’une élection métropolitaine spécifique, au suffrage universel direct, dans une circonscription électorale unique.  Il est en effet urgent de faire émerger un espace public métropolitain.

 

                                                                                                                François Maurice.

BABEL MED MUSIC 2018 N’AURA PAS LIEU !

Le 14ème Babel Med Music qui devait se tenir du 15 au 17 mars 2018 à Marseille n’aura pas lieu, suite à la réduction de 79% de la subvention de son partenaire principal : la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et de son Président Renaud MUSELIER.

Le retrait incompréhensible et inattendu de ce partenaire historique, trois mois seulement avant la tenue de l’événement, vient remettre en cause un événement qui aura rassemblé au fil de 13 éditions 180.000 spectateurs et surtout 26.000professionnels de la filière musicale.

Ce choix de l’exécutif régional occasionne une série de conséquences gravissimes pour la culture.

UNE PERTE ÉCONOMIQUE POUR LE TERRITOIRE

Outre la suppression des 204 emplois de l’organisation, ce retrait pose des questions sur la politique de soutien aux événements économiques et culturels de la Région. 

L’ÉCONOMIE DIRECTE

  • plus de 2.000 professionnels internationaux présents chaque année, directeurs artistiques, producteurs, tourneurs, agents, artistes, médias, sociétés civiles et institutions du monde entier…) avec un impact réel sur les festivals internationaux, nationaux et également de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur autoproclamée « Terre de festivals ».
  • 204 emplois dans d’innombrables corps de métiers pour un équivalent de 8 080 h de travail (production, commercialisation, administration, communication, régie, techniciens, restauration, bar, sécurité…).

CHOC SOCIAL IMMÉDIAT : 204 emplois directs supprimés.

L’ÉCONOMIE INDIRECTE

  • avec 4.000 nuitées d’hôtel, plus de 15 sociétés prestataires, des répercussions évidentes notamment pour les restaurateurs et les transports.

LE RAYONNEMENT INTERNATIONAL

  • dans le secteur professionnel avec la présence massive d’organisations des cinq continents : de Corée du Sud jusqu’en Australie, des Etats-Unis jusqu’en Afrique du Sud en passant par toute l’Europe.

SOLIDARITÉ

Nous avons d’ores et déjà reçu le soutien de nombreuses structures partenaires et professionnelles que nous avons dû prévenir et nous vous encourageons à diffuser et à faire circuler cette information.

Nous vous incitons à manifester votre solidarité, nous avons créé une adresse mail à cet effet :

babelmedsoutien@gmail.com

Culture et économie sont indissociables et depuis 2005.

QUELQUES CHIFFRES

2 000 professionnels internationaux, 150 stands, 20 conférences,5 prix décernés, show-cases régionaux, 2 matinées pour 600 lycéens, 7 spectacles Jeune Public à Babel Minots, 14 documentaires pour les Écrans de Babel, 15 000 spectateurs pour 30 concerts en 3 nuits,150 musiciens des 5 continents 27 heures de musique, 204 salariés.

 Bernard AUBERT Directeur artistique Fiesta des Suds – Babel Med Music

Marseillais, il est grand temps de se réveiller et d’agir !

Mon activité professionnelle durant de longues années mais aussi mon engagement militant m’ont permis de rentrer  en contact  avec  de nombreuses  personnes  habitant  dans  ce qu’on  appelle  aujourd’hui  les “quartiers  populaires“  largement  représentés  à  Marseille.  Parmi  ces  personnes  dont  certaines  sont devenues  et restent mes amis, nombreuses  sont celles qui font partie de ce qu’il convient  d’appeler  la deuxième   génération   voire  la  troisième.   Jusqu’à  une  période  récente  (2001  ?  2012  ?)  le  pari  de “l’intégration  à la française“, avait semble -t-il, plutôt bien fonctionné en permettant à cette génération l’accès à la citoyenneté et aux droits qui y sont attachés. On notera cependant que, malgré les engagements pris, le droit de vote aux élections locales n’a jamais pu être acquit sinon pour eux mais surtout pour leurs parents.

Si la majorité de ces “anciens immigrants ou enfants d’immigrants“ demeurent marqués par leurs origines sociales souvent modestes et, pour la plupart d’entre eux, par leur patronyme, Ils ont fait le choix d’être français à part entière et d’en revendiquer le statut. Malgré les critiques récurrentes et souvent injustifiées adressées au système éducatif français, un nombre significatif d’entre eux a pu accéder à l’enseignement supérieur et faire ainsi partie, en surmontant  de nombreux obstacles, de la classe moyenne qui a réussi socialement et économiquement.

Avec beaucoup  d’autres  acteurs  de terrain,  j’ai longtemps  participé  et parfois  cru à cette “intégration réussie“ pour une partie au moins de cette “deuxième génération“. Mais, dès les années 80, j’ai pu mesurer que seule une “élite“  avait eu la chance  de “s’en sortir par le haut“. Pour le plus grand nombre  et en particulier les plus jeunes (la troisième génération) le triple mécanisme de ségrégation sociale, urbaine et ethnique   était  et  est  encore   un  obstacle   quasi  insurmontable.   Les  multiples   expérimentations   et programmes de formation et d’accès à l’emploi développés notamment par la “politique de la ville“ n’ont été et ne sont encore que des succédanés. Les enquêtes les plus récentes montrent que les chances d’accès à un emploi sont entre trois et quatre fois inférieure à la moyenne pour un jeune issue de ces quartiers populaires.  Ce constat dramatique  est, pour moi, la raison essentielle de l’échec largement reconnu des politiques publiques qui depuis plus de quarante ans tentent en vain de réduire la fracture sociale dans les principales agglomérations.

“Intégration à la française“ : Cette expression est aujourd’hui régulièrement mise à mal non seulement par une partie de ceux qui en ont bénéficié  mais aussi par ceux qui, comme moi, ont cru à son succès. De profonds bouleversements  à travers le monde remettent en cause depuis quelques années beaucoup de mes (nos ?) certitudes. Je me contenterais de ne citer que les facteurs qui concernent le plus directement le contexte marseillais.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire et de l’écrire à diverses reprises, la ségrégation sociale, urbaine et ethnique est une réalité incontestable dans cette ville confirmée par les enquêtes les plus récentes. Cette ségrégation,  appelée  parfois  de  manière  plus  acceptable  “discrimination“   ou  encore  “exclusion“,  se conjugue  avec le constat  de l’impasse  dans laquelle  sont astreints  ceux que l’on pensait  “intégrés“.  Le remarquable ouvrage de César Mattina, (clientélisme urbain) démontre ce mécanisme politique de mise à l’écart  d’une  partie  de la population  marseillaise.  Il convient  de le mettre  en parallèle  avec  l’enquête intitulée  “Les Musulmans  de Marseille“  publiée  en 2013 par la Fondation  OPEN SOCIETY.   Ces travaux réalisés par des chercheurs reconnus mettent en lumière de manière incontestable les multiples facteurs de discrimination  dont sont l’objet à Marseille les personnes désignés aujourd’hui comme “Musulmans“. Ces  deux  ouvrages,  comme  quelques  autres,  auraient  pu  servir  de  signal  d’alerte  auprès  des  élus  et responsables  locaux. Ils ont hélas trop vite été mis de côté sous de mauvais prétextes.   Cependant ils ne font  que  refléter  une  évolution  urbaine  qui  contribue  à  accroître  la  fracture  déjà  ancienne  de  la communauté marseillaise. Cet état des lieux de la ségrégation est ressenti de manière douloureuse par tous ceux qui avaient cru possible de devenir des citoyens marseillais et en avaient accepté les contraintes.  C’est  dans  un  tel  contexte  que  les  attentats  perpétrés  en  France  et  partout  dans  monde  par  des mouvements  terroristes  se  revendiquant  d’un  Islam  radical  ont  profondément  déstabilisés  une  partie  de

ces marseillais de fraîche date avec d’autres en France. En quelques jours après le meurtre des journalistes de Charlie Hebdo, ils ont été étiquetés trop souvent malgré eux comme musulmans et contraints de prendre parti en dénonçant les auteurs de ces crimes et avec eux se distancer d’une religion sinon des traditions culturelles de leurs familles d’origine. Dans l’émotion collective et la ferveur de manifestations  diverses, nous n’avons  pas su entendre  ceux qui, citoyens  français  les plus proches  de nous, manifestaient  leur réserve devant un cet apparent unanimisme.

Depuis  lors,  malgré  quelques  courageuses  prise  de  position,  la  multiplicité  des  attentats  et  la  peur généralisée qu’ils entraînent ne fait que rendre plus incertain le nécessaire dialogue avec ces hommes et ces femmes, jeunes et adultes, qui cherchant à comprendre ce qui leur arrive ne trouvent qu’hostilité et amalgames douteux.

Certains d’entre eux se réfugient dans le silence ou parfois même dans une pratique religieuse retrouvée et modernisé  grâce aux discours d’un islamologue  comme Tariq RAMADAN  (la réputation  de ce dernier semble aujourd’hui bien compromise !) D’autres sont directement sensibles à des écrits et des mouvements plus radicaux développés par des intellectuels reconnus qui mobilisent autour d’eux les jeunes et les plus révoltés d’entre eux. Certes, ces mouvements ne rassemblent aujourd’hui qu’une petite minorité agissante et majoritairement  parisienne. Si la lecture de leurs appels et leurs discours souvent radicaux n’ont qu’un écho encore limité, ils sont concrètement  le reflet de l’impasse idéologique  citée plus haut. Le parti des Indigènes de la République, le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) ou encore le collectif contre l’islamophobie  en France, chacun à leur manière ces mouvements dénoncent une société qui tétanisée  par les succès électoraux  d’une idéologie d’extrême-droite,  multiplie les législations  et les mesures qui, de fait renvoient à la période coloniale.

Depuis de longues années les gouvernements  successifs, au-delà de discours parfois généreux, ont ainsi multiplié les législations  de plus en plus répressives  vis-à-vis de nouveaux  arrivants. Quant aux mesures concrètes à même de réduire les fractures sociales elles sont restées pour la plupart au stade des intentions. Dans une ville comme Marseille le choix politique de privilégier des groupes sociaux dominants tant sur la plan social, ethnique ou religieux est directement assumé par le maire et ceux qui le soutiennent.

300 000 musulmans à Marseille ? 70 mosquées officiellement reconnues ? mais aussi : « Marseille la ville la plus inégalitaire de France ; parmi les cent quartiers les plus pauvres de France 25 sont à Marseille : Parc Kallisté,  Saint  Mauront  …  Taux  de  pauvreté  :43,6  %  dans  le  15°  arrondissement   ;    52%  dans  le  3° arrondissement  etc…. » (in la Provence du 28/10/2017)

Inutile d’aller chercher plus loin les raisons des révoltes qui se manifestent à travers les multiples combines en tout genre permettant  d’accéder à la société de consommation  sinon d‘opulence  au risque des pires dérives. Une partie de ces révoltes ont, pour un moment, trouvé un début de réponse dans la démarche des insoumis. Mais Jean-Luc Mélenchon et son équipe sont-ils conscients de leurs responsabilités  et des espoirs dont ils sont porteurs ?  On est en droit d’en douter.

 Alors que faire ?  

J’ai la conviction  que  malgré  la gravité  de l’heure  le pire  n’est  pas toujours  certains.  A Marseille  des hommes,  des femmes,  des jeunes  gardent  encore  l’espoir  de construire  une ville plus solidaire  et plus fraternelle mais il est grand temps que chacun à sa manière trouve les moyens d’écouter ceux qui, à ce jour, sont exclus d’une parole publique leur permettant  d’exprimer  leurs désarrois et leurs espoirs.   Par tous moyens il faut multiplier les occasions de rencontres et de dialogues et parfois de confrontation  dans le respect de chacun.

Marseille, le 14/11/2017

Alain FOUREST

Prochaine Audition-Débat « Plaidoyers pour la Métropole » mercredi 24 janvier 2018 à La Boate

L’association « Marseille et Moi » a le plaisir de vous inviter à sa prochaine audition – débat  sur le thème :

                                             « Plaidoyers pour la Métropole »   

Le 1er janvier 2016 la Métropole Aix-Marseille-Provence a été installée avec ses 240 conseillers métropolitains, son président Jean-Claude Gaudin ainsi que ses 20 vice-présidents élus le 17 mars 2016.
Notre Métropole,  la 2ème de France avec ses 1,8 millions d’habitants, la plus grande avec ses 3143 km2, la plus ensoleillée mais aussi la plus polluée, est tournée naturellement  vers la Méditerranée .

Voulue et encouragée par la société civile, elle subit la réticence pour ne pas dire l’obstruction de la plupart des 92 communes qui la composent avec une fort rejet de la prééminence marseillaise.
Le premier budget primitif métropolitain  a été adopté sur un score étriqué et avec de très vives critiques.
Quelles initiatives faut -il prendre pour permettre un vrai décollage de cette institution indispensable pour le développement de notre territoire, son rayonnement européen et une meilleure qualité de vie pour ses habitants ?

Pour cela nous avons invités ( et même ré-invités) les 4 meilleurs spécialistes du sujet qui vont nous aider à matérialiser notre mobilisation.

Jean Viard, sociologue , auteur du dernier ouvrage « Quand la Méditerranée nous submerge »

Jacques Boulesteix , astrophysicien, qui fut conseiller municipal et président du conseil de développement de la communauté urbaine Marseille- et auteur d’un récent livre : « Entre peur et raison, La Métropole Aix-Marseille-Provence »

Philippe Langevin , maître de conférences à la Faculté de sciences économiques , dont nous joignons en pj sa présentation de la Métropole

André Donzel sociologue et auteur du livre « Le nouvel esprit de Marseille »

Entrée libre – Nous vous attendons nombreux à la Boate, 35 rue de la Paix Marcel Paul, 13001 Marseille (escaliers à l’angle du Cours d’Estienne d’Orves et de la rue Sainte).

Un apéritif convivial vous sera offert à la fin de notre rencontre.  

                                                 Aldo Bianchi – Michel Tagawa

Tous migrants

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Chers amis,

Certains d’entre vous connaissent la paisible vallée de Névache / La Clarée dans les Hautes Alpes, à deux enjambées de l’Italie. Magnifiques randonnées, villages pittoresques, refuges accueillants…

Les plus anciens d’entre nous se souviennent du best seller « Une soupe aux herbes sauvages », récit autobiographique d’Emilie Carles qui raconte non seulement sa vie d’institutrice des petits villages sillonnant cette vallée profonde mais aussi, avec sensibilité et humanité, la vie des montagnards.

Et bien, depuis quelques mois, notamment par le col de l’Echelle (1760m d’altitude), accessoirement celui de Montgenèvre, il s’y passe chaque jour des drames avec le passage de centaines de migrants fuyant leur pays, la guerre, la misère. 1000 d’entre eux sont des mineurs non accompagnés, c’est à dire sans familles; certains ont eu les pieds gelés avec les premiers froids, tous arrivent en basket et peu couverts, souvent affamés.

Ils viennent d’Afrique de l’ouest,  Lybie, Syrie… pour échapper à la guerre, aux tortures, à la misère.

Ils ont traversé la Méditerranée au risque de leur vie grâce à des passeurs incrédules. Beaucoup ont disparu, noyés.

Ils ont parcouru l’Italie. Leur périple a duré jusqu’à 2 ans.

Dans cette belle vallée de la Clarée, une solidarité exceptionnelle s’est installée allant jusqu’à Briançon tout proche et l’ensemble du département du 05.

Des guides font des maraudes et installent vivres, couvertures, vêtements chauds dans une cabane au col de l’Echelle.

Le maire de Névache (350 habitants) organise des repas, souvent pour 120 personnes par jour. Il s’affiche de droite et crie avec son cœur que la France, pays des droits de l’homme, doit rester terre d’accueil.

Les guides ont toujours appris à secourir toute personne en détresse en montagne; c’est comme un sauvetage en mer.

Sauver des vies en mer pour SOS Méditerranée ou en montagne pour le Bureau des Guides, relèvent d’une même urgence humanitaire, inscrite dans les fondamentaux d’hommes et de femmes, citoyens courageux et solidaires.

Malgré des égoïsmes et une présence de la gendarmerie permanente, la population, les organisations humanitaires,  répondent présents.

L’accueil de cette population, au moins pour les premiers secours, ne va pas sans mal, mais locaux, centres de vacances…sont réquisitionnés.

L’hôpital de Briançon reçoit les urgences, membres gelés, épuisement, déshydratation…

On ne sait pas combien de temps, combien d’années, cela va durer, parce que l’exode dans nos pays riches est massif depuis 2015 ; il n’est pas prêt de s’arrêter.

Et ces migrations massives passent par les Vallées de la Roya, Névache ;  la Savoie et la vallée de la Maurienne maintenant se mobilisent.

Amis de la montagne, avant de remettre les planches ou chausser vos raquettes, je voulais vous informer de tout cela, non pour vous culpabiliser, mais par souci d’informer.

Michel TAGAWA

 

Quoi mon peuple, qu’est-ce qu’il a mon peuple ?

photo COP21Il a fallu qu’Alain Finkielkraut y aille de son petit couplet. L’affaire était aussi urgente que d’importance. Les obsèques de Johnny Halliday comptaient donc à ses yeux autant que celles du grand Hugo, rameutant aux trousses de son corbillard le peuple de Paris et les prostituées qu’il avait tant visitées. Notre philosophe de poche, dans une bouffée zemmourienne, s’étonne donc aujourd’hui de l’absence criante des « non souchiens » derrière le cercueil résolument blanc de l’idole des anciens jeunes. Comprenez, dans cette étrange expression, qu’il n’y avait aucun beur ou black pour accompagner jusqu’à la Madeleine l’interprète de « noir c’est noir ». Notre immortel s’égare une fois de plus. N’est pas d’Ormesson qui veut. Car son doyen de l’académie lui aurait sans doute conseiller la légèreté, pour décrire cette messe cathodique et les images d’une foule motorisée par autant de chevaux que de paroles chantées. M. Finkielkraut découvre qu’il est un peuple qui fredonne depuis les années 60 dans le sillage d’un grand blond avec des santiags noires. Il ne le dit pas, mais on sent qu’il crève de ne pas l’exprimer, elle est là la France profonde qu’il appelle de ses prières. Elle ne le lira jamais, ne l’écoutera pas plus, mais elle sent bon le foin des champs et le cambouis des banlieues. Du coup notre penseur bombe le torse, les narines assiégées et, recrache le fiel de son combat civilisationnel. Misère. Oh Marianne si tu savais, comme le pleurait Johnny tout le mal qui se répand ainsi dans ta République. Finkielkraut dans sa paranoïa active découvre qu’il existait un monde et il le travestit aussitôt des oripeaux de ses obsessions. J’ai souvenir d’autres intellectuels qui découvraient en 1974, lors d’un meeting de François Mitterrand, qu’il existait une culture populaire.  Le Premier secrétaire avait invité Dalida, la chanteuse, et Maurice Biraud, l’humoriste, à ouvrir son meeting. Ce fut une épreuve pour l’un et pour l’autre, une partie des militants n’ayant en ces temps-là d’yeux et d’oreilles que pour Maxime Le Forestier ou Guy Bedos. Mitterrand lui, du haut de son piédestal, avait perçu lui, que le peuple de France c’était aussi Bambino et les blagues de bistrot. Comme la gauche caviar de l’époque, la droite truffe d’aujourd’hui n’a rien compris à la rue. Elle aimait un chanteur, sa musique, sa dégaine parce qu’il lui ressemblait pour être né sur un trottoir. On ne commande pas l’émotion d’un peuple.

Hervé NEDELEC